N° ACR0000565 - Anciens grands moulins et silos Vilgrain

 
Adresse : 36 rue du Colonel-Paul-Daum
  2 rue de Château-Salins ; 6 et 30 rue Sébastien-Leclerc
  54000 Nancy
Coordonnées GPS : 48.700729, 6.192444
Coordonnées GPS : 48.700729, 6.192444
Dates Construction : 1919 ; 1946
Date de classement : 2015
Auteur : Bourgeois le Pierre (architecte) ; André Jacques (architecte) ; André Michel (architecte)
Patrimoine du 20e siècle

Précision Interet :

Les grands moulins et les anciens silos Vilgrain constituent un ensemble d’architecture industrielle particulièrement marquant dans le paysage de la ville de Nancy. Plusieurs grands noms de l’architecture nancéienne du XXe siècle ont successivement ou conjointement œuvré à sa construction (Le Bourgeois, les frères André, France-Lanord et Bichaton, Jean Prouvé), constituant l’un des exemples les plus aboutis de minoterie industrielle. Les architectes et artisans y ont travaillé à une organisation fonctionnelle des bâtiments, sans pour autant renier une recherche esthétique sobre et élégante qui caractérise les façades. Le moulin reconstruit s’inscrit bien dans le site, reprend l’implantation et les volumes du moulin détruit lors de la Seconde Guerre mondiale et marque parfaitement son époque de par son esthétique composée de lignes horizontales et d’un harmonieux jeu de matériaux et de couleurs. D’ors et déjà considéré par les Nancéiens comme un véritable monument patrimonial, ce géant de béton, de brique et d’acier est emblématique de l’âge d’or de l’industrie. A l’échelle de la région, il symbolise la réussite de la famille lorraine Vilgrain dont l’entreprise est devenue l’un des grands groupes français du secteur agroalimentaire. Il s’agit par ailleurs du seul moulin monumental de ce type en Lorraine (celui de Sarreguemines, plus petit, est moins bien conservé et ne présente pas de réelles qualités esthétiques) et le seul reconstruit et développé après la Seconde Guerre mondiale.

Description Historique :

Construits sur un emplacement où la présence d’un moulin est attestée dès le XIIe siècle, ces imposantes constructions s’inscrivent dans une vague nationale de modernisation des techniques de minoterie au début du XXe siècle. Meuniers originaires de Metz qu’ils quittent lors de l’Annexion de la Moselle à l’Empire allemand en 1871 – la famille Vilgrain exploitait y le moulin des Onze-Tournants – Jean-Baptiste et Louis-Antoine Vilgrain s’imposent, avec la marque « Gruau de Lorraine plomb d’or », comme les figures incontournables de la meunerie dans l’Est de la France. Louis avait effectué en 1893 un voyage à Budapest pour en rapporter le secret d’une farine considérée comme « pure », la mouture hongroise, qui passait pour être la meilleure d’Europe. En 1910, Vilgrain charge son gendre, l’architecte Pierre Le Bourgeois, de transformer les moulins de Nancy en véritable usine moderne, afin de remplacer l’ancien moulin de 1885. Ils deviennent ainsi le plus grand site minotier de Meurthe-et-Moselle. A la frontière entre architecture industrielle et architecture agricole, ces moulins furent construits avec la collaboration du strasbourgeois Eugène Haug, architecte spécialisé dans ce domaine. Celui-ci est amené, dès ce chantier, à mettre au point le prototype du grand moulin industriel, dont il bâtit un grand nombre d’exemples en France (Corbeil, Pantin, Villeurbanne), en Alsace-Moselle annexée (Strasbourg, Illkirch, Sarreguemines), en Belgique (Bruxelles), et jusqu’au Maroc (Marrakech, Casablanca). On reconnaît, dans les lignes pures et les nobles proportions de ses réalisations, le talent de Haug pour mêler esthétique et parfaite connaissance des nécessités industrielles, même si l’aspect quelque peu néo-normand des toitures de l’édifice d’origine était sans doute du crayon de Le Bourgeois, natif de Dieppe. Les grands moulins Vilgrain sont achevés en 1917. Equipés de l’électricité, ils sont complétés en 1919 par un premier silo situé au bord du canal de la Marne au Rhin, également de Le Bourgeois, mettant ainsi les grains venus du plateau lorrain directement en contact avec l’activité des hommes. Un long souterrain relie ce silo au bâtiment principal : il permet, grâce à une bande transporteuse, d’amener le blé des péniches au moulin. Très endommagés par les bombardements de la Grande Guerre, les moulins sont restaurés dans les années 1930 par les architectes Jacques et Michel André, de Nancy, tandis que les grands silos à cellules polygonales en béton armé construits contre le moulin en 1923 par l’entreprise Froment-Clavier sont agrandis ; une nécessité pour accroître le rendement de la minoterie. Il faut dire que pendant la guerre, Ernest Vilgrain, le fils du fondateur, avait pu affiner sa connaissance des techniques de production à grande échelle et à moindre coût puisqu’il avait occupé le poste de sous-secrétaire d’Etat au Ravitaillement dans le cabinet Clémenceau. Au sortir du conflit, il fonde la société anonyme des Grands Moulins de Paris, et sa minoterie industrielle dans le XIIIe arrondissement de la capitale – un site récemment réhabilité en pôle universitaire – et se place ainsi à la tête d’une puissante entreprise devenue le fournisseur officiel de farine pour l’Etat. La Seconde Guerre mondiale n’épargne pas les moulins Vilgrain de Nancy qui sont incendiés. Dès 1946, les frères André reviennent sur le site pour reconstruire entièrement l’atelier de fabrication principal, en collaboration avec Jean Prouvé pour les ferronneries. Cette reconstruction est en partie financée par les dommages de guerre mais elle est également une opportunité pour la société de moderniser les bâtiments et les machines. L’aspect général de l’édifice est ainsi redessiné, les lignes de force verticales sont remplacées par des horizontales, et une vigie plus épurée s’élève en lieu et place de l’ancienne tour au couronnement pittoresque. Les travaux sont achevés en 1949, mais les frères André effectueront ponctuellement d’autres aménagements dans les années suivantes, notamment l’extension des bureaux et la construction de silos supplémentaires en 1953-1954. En 1989, la famille Vilgrain vend la minoterie au groupe Bouygues qui réduit considérablement l’activité minotière à Nancy. Le matériel de production est déposé et acheminé au Pakistan et, en 1997, le propriétaire projette de détruire les bâtiments. Ce projet fait immédiatement polémique et la demande de démolition refusée est suivie de différents projets de réaffectation qui n’ont pour le moment pas abouti. Actuellement, la production (automatisée) se poursuit toujours sur une petite partie du site.

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